Le Problème

Toutes les appellations en France vendent des vins élaborés à partir de raisins issus de Vitis vinifera. Il s'agit de l'espèce européenne ancienne des vignes, qui se décline en milliers de cépages différents, comme le pinot ou la syrah, le chardonnay, le Cabernet-Sauvignon, le Chasselas, etc. C'est pourquoi, toutes les régions d'appellations mettent en valeur exclusivement les différents cépages du vinifera et oublient totalement les cépages hybrides.

D'où le problème.

Car ceux-ci (les hybrides) bien établis dans les vignes à vocation d'autoconsommation, sont en train de disparaître, en même temps que ces vignes. En Haute-Marne, il ne restait vers 2015 qu'une trentaine d'hectares d'hybrides et chaque année il en disparaît 5 à 10%. Dans l'Ain, il en restait plus (189 ha environ en 2015) mais le taux de disparition est bien plus rapide (12,6 %/an sur les 3 dernières années) ! Dernier exemple, dans l'Ariège, où il y avait 1700 ha d'hybrides vers 1960, il en resterait quelques 15 ha et le nombre des déclarants a été réduit de moitié seulement entre 2009 et 2015. (Ces chiffres sont publics ; cf. datadouane) En gros, je peux facilement vous préciser ce qui se passe : les vignerons des petites vignes d'autoconsommation sont souvent des retraités, arrivés autour de 80 ans, ils ne peuvent plus continuer leur activité ; alors soit la vigne retourne à la friche (1/3 des cas environ actuellement), soit elle est reprise et arrachée plus ou moins rapidement pour s'aligner sur les professionnels (vitis vinifera), soit elle est reprise et rétractée plus ou moins rapidement car plus personne ne boit assez de vin pour cultiver des parcelles qui avaient jadis des 20 et des 30 ares et qui se réduisent aujourd'hui à 5 ou 10 ares. Dans tous les cas, les hybrides trinquent, ... alors que c'est les vignerons qui devraient trinquer (au sens propre) si vous me permettez cet humour, ... dans un cimetière !

Au moment précis où les vignerons veulent des cépages résistants aux maladies, ce que sont précisément les hybrides !

Des centaines de variétés de ces cépages résistants disparaissent sans bruit sur nos coteaux, méconnus, les meilleurs comme les autres, par suite de choix anciens  qu'il faudrait réexaminer froidement.                                            Pensez-y.

+ d'infos : Revue des œnologues, n°168 de juillet 2018 et n°169-hors série, de novembre 2018  www.oeno.tm.fr


Ci-contre la feuille du Seibel 10173, alias Ambror, une vigne dont le vin a un goût de tilleul. Je l'ai trouvé dans l'Yonne, à Courson les Carrières où il était déclaré en 1958.

Origine des cépages hybrides

Lorsque l'oïdium, puis le phylloxéra, puis le mildiou sont arrivés en France (entre 1845 et 1885), on a créé des hybrides euro-américains (hybridation des vignes européennes et des vignes américaines qui sont d'espèces différentes) en recherchant chez les rejetons sélectionnés la résistance aux maladies et la qualité de la récolte. Ces tatonnements expérimentaux ont abouti à la création et à la sélection, vente, implantation sur le territoire, de centaines de variétés nouvelles, cultivées entre 1890 et 1960 - 90, donc pendant à peu près 1 siècle. Il y en avait plus de 400.000 ha en France, vers 1960. Aujourd'hui ces vignes disparaissent très rapidement et surtout le nombre des variétés cultivées diminue massivement. Or ces vignes par leur résistance aux maladies retrouvent un intérêt cultural au moment même où elles disparaissent. Car tous les raisins des vignes professionnelles sont sensibles aux maladies et donc traités plus ou moins massivement à grand coups de fongicides pour tenir en respect le milidiou, l'oïdium etc.

Il faut donc remettre à plat la question des cépages, relancer l'expérimentation et surtout immédiatement récupérer ce qui peut encore l'être... et attirer l'attention sur ces hybrides qui devraient au moins retrouver le chemin des jardins où les particuliers plantent des vignes qui n'ont aucune chance de donner de bons résultats chez eux alors que des hybrides plus triviaux donneraient du raisin mûr tous les ans et sans traitement...

100 vignes à sauver et peut-être plus encore


Au-dessus :
Les plus rouges sont des variétés américaines (Herbemont ou Isabelle), au milieu, fleurs de vigne, en bas, Petit Meslier (vinifera) et Bertille-Seyve 872.
A côté :
Jeune pousse d'une vigne non connue, trouvée à Godoncourt (88), et transplantée dans un jardin de Chaumont (52), toute voile au vent, en route pour l'avenir !

Denis SCHNEIDER 03250 Ferrières-sur-Sichon 07.71.04.57.70 ; dst17@wanadoo.fr/ ; mise à jour : 21-2-2026
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